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 Troisième periode : de 1946 à 1989
 
La SHLP fut réactivée en 1946, à l’initiative de F. Pulaski et de Zygmunt Lubicz.-Zaleski, et de fait, elle reprit la tutelle de la BPP. Une grande partie des collections emportées par les Allemands revint en 1947, notamment grâce à l’aide des membres de l’APSL.

La SHLP réactivée eut des sentiments analogues  à ceux qui animaient les créateurs de la BPP au 19e siècle, c’est-à-dire qu’elle souhaitait défendre la culture polonaise libre de toute contrainte, et l’idée même de Pologne libre et souveraine. Elle dut très vite s’opposer au gouvernement de la Pologne populaire qui n’était malheureusement ni libre, ni souveraine, ni démocratique.

Cette période fut caractérisée par l’objectif extrêmement clair, ambitieux et mobilisateur qui était de servir de centre de culture et de pensée politique polonaise libre de toute contrainte, à une époque où, jusqu'en 1989, la Pologne n’était ni libre ni démocratique ni souveraine. Il s’agit donc en quelque sorte du retour de l’esprit des créateurs de la BPP du 19e siècle.
Cette époque est aussi caractérisée par des difficultés financières importantes car la BPP ne pouvait plus, depuis la 2e guerre mondiale, compter sur l’Etat polonais, mais devait fonctionner grâce à des dons et des subventions de personnes privées et de fondations.

En effet, les cotisations des membres et les revenus annuels en provenance de quelques capitaux comme le Fonds Mickiewicz, que la SHLP a pu constituer en faveur de la BPP, ne représentent que quelques pour cent du budget nécessaire.

Cette période se caractérise aussi, au début, par des procès entre la SHLP et le gouvernement polonais ou l’Académie polonaise des sciences (APS), créée après la 2e guerre mondiale, et qui reprit les actifs de l’Académie polonaise des sciences et des lettres (APSL) à partir de 1951, cette dernière ayant été suspendue par le gouvernement polonais.

Le premier de ces procès qui eut lieu en 1955 fut conclu par un arrêt favorable au gouvernement polonais et défavorable à la SHLP, l’argument essentiel étant que la SHLP reconstituée en 1946 n’était pas la continuatrice de la SHLP du 19e siècle. En effet, il y avait eu une longue discontinuité dans le fonctionnement même de la SHLP ; et en 1946, il n’y avait plus aucun membre vivant de la SHLP du 19e siècle pour reconstituer véritablement ou faire repartir cette Société.

La SHLP a fait appel; cette affaire fut jugée en 1959. Le jugement fut vraisemblablement influencé par le vote (indicatif, sans force législative) de l’Assemblée nationale française en faveur d’une solution assurant l’indépendance de la BPP par rapport au gouvernement communiste de la Pologne de l’époque. Ce vote fut presque unanime, seules 10 voix du parti communiste y manquèrent.

Le jugement d'appel confirma le jugement de première instance disant que la SHLP n’était pas la continuatrice de la SHLP du 19e siècle, mais par contre il réforma le jugement en ce qui concerne l’APSL disant qu’elle non plus ne représentait pas à l’époque l’APSL d’avant-guerre.

Par conséquent, ne pouvant décider qui était le propriétaire, la Cour nomma un administrateur judiciaire et confirma le bail de 1945, celui qu’avait signé F. Pulaski, en tant que délégué de l’APSL, avec l’Union catholique romaine de Chicago.

Cette Union donna la BPP en sous-location à la SHLP. Ensuite ce bail fut prolongé et transféré directement à la SHLP, puis à nouveau prolongé jusqu’en 2030, suite à une demande de la SHLP à l’administration française de le prolonger jusqu’en 2050.
La période de fonctionnement entre 1955 et 1959 fut perturbée par la mise de la BPP sous scellés par la justice française. Ensuite, ce fonctionnement devint plus normal et continu, restant néanmoins très difficile, à cause des problèmes financiers.

L’ équipe très dévouée et compétente que F. Pulaski avait réunie avant la guerre et qui avait continué à s’occuper de la BPP était extrêmement mal payée, et les fonds manquaient pour entretenir convenablement le bâtiment et les collections.

Sans être exhaustif, mentionnons quelques donateurs généreux qui, à une époque ou à une autre, ont contribué au fonctionnement de la BPP : Mme Piasecka Johnson, la communauté polonaise des Etats-Unis, et plus tard, de façon majeure, la fondation de Mme Karla Lanckoronska. Cette fondation a toutefois décidé de transférer ses subsides à d’autres actions, notamment celles gérées par l’APSL de Cracovie, et aujourd’hui elle ne verse plus de subsides à la BPP.

Une nouvelle fondation, la Fondation Zygmunt Zaleski d’Amsterdam, a repris le flambeau depuis quelques années, et actuellement c’est elle qui est le principal bailleur de fonds de la BPP (80% du budget de fonctionnement).

En dehors de ces problèmes financiers, il y eut un aspect plus positif lors de cette période, c’est l’enrichissement important des collections de la BPP par des dons et legs différents,  et tout particulièrement les legs de Kamil Gronkowski, ancien président de la SHLP, ainsi que les legs et dons de certains artistes comme Konstanty Brandel, Boleslaw Biegas, Jan Ekert, Van Haardt, etc.

Pendant cette période difficile où la SHLP fut réactivée, il faut mentionner un certain nombre de personnes en dehors de François Pulaski et du prof. Zygmunt L-Zaleski, qui ont donné beaucoup de temps et d’énergie, afin que la BPP reste un foyer de pensée libre et un foyer culturel de la Pologne dans ces temps difficiles. Ce sont notamment le professeur Henri Mazeaud ; Henri de Montfort, directeur des services administratifs de l’Institut de France ; Franciszka Granier, député socialiste au parlement français ; le prince André Poniatowski ; Kamil Gronkowski, déjà mentionné ; Kajetan Morawski, dernier ambassadeur en France du gouvernement polonais de Londres. La liste des membres de la SHLP comprend notamment le poète Czeslaw Milosz, le rédacteur Jerzy Giedroy, l'écrivain et peintre Jozef  Czapski.

Naturellement, en dehors de toutes ces personnes qui, à titre bénévole, ont consacré une grande énergie et beaucoup de temps à la BPP, il faudrait en mentionner bien d’autres, notamment les membres du Conseil de la SHLP, ou encore tous ceux qui ont donné de diverses façons, toujours à titre bénévole, beaucoup de leur temps à la BPP.

Il est bon de rappeler à cette occasion qu’une société comme la SHLP ne peut vivre que si elle peut rassembler un nombre suffisant de membres, et surtout de membres disposés à donner du temps et prendre part à l’activité de la société, avec l’énergie suffisante, ce qui n’est pas toujours facile. Ce fut sûrement un problème à la fin du 19e siècle et cela peut aussi être un problème pour la SHLP à l’avenir.

Entre 1946 et 1989, la direction de la BPP a été assurée par les personnes suivantes :
François Pulaski, (1946-1956) ; Czeslaw Chowaniec (1956-1969) ; André Poniatowski (1969-1977) ; Jozef Handelsmann (1977-1984) ; Eugène Zaleski (1986-1989) ; André Folkierski en 1989.

 
 
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